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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 01:23

Jules Laforgue (Médaille Fields) a hésité entre une carrière scientifique et littéraire ... il dit avoir choisi le plus simple.

"Que je dise tout de suite que je ne considère pas que dans l'enseignement secondaire l'enseignement du Latin ou du Grec soit le plus important, ni d'ailleurs celui des mathématiques.

L'enseignement prioritaire est à mes yeux celui du Français. Je pense que tout élève doit recevoir un double enseignement absolument essentiel :
D'une part, qu'il soit rendu capable de s'exprimer lui-même, aussi bien par écrit que par oral, et y compris dans des registres abstraits ; qu'il soit rendu capable de réfléchir, d'écrire et de parler.
D'autre part, qu'il soit introduit et peu à peu familiarisé de façon de plus en plus approfondie avec l'ensemble de notre héritage littéraire qui est une merveille du monde, qu'il apprenne l'histoire de notre littérature et au moins des éléments de l'histoire des littératures étrangères, qu'il soit amené à lire et à étudier le plus grand nombre possible d'écrivains de toutes les époques.

Tout cela, je le souhaite à tous car la fréquentation constante de la littérature est une chose à laquelle j'ai été amené très jeune et que je n'ai jamais cessée, je connais la valeur de la découverte d'une beauté supérieure qu'ensuite j'ai recherchée et trouvée sous une autre forme dans les mathématiques.

L'apprentissage sérieux du Français et la mise en familiarité avec la littérature de tous les siècles me paraissent donc l'enseignement le plus important pour tout élève, y compris pour celui qui sera amené par ses goûts, ses dons et les circonstances de la vie, à se tourner vers les sciences ou les mathématiques. "

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30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 08:23

Des articles qui mettent en garde les parents à propos de l'abus de la présence d'écrans dans l'environnement des enfants.

(sur GYNGER : site d'information sur la famille, l'enfance et l'éducation)

Ecrans et autisme: un médecin de PMI lance l’alerte

DATE
5 MARS, 2017
AUTEUR
GAËLLE GUERNALEC-LEVY
PHOTO/ILLUSTRATION
PIXABAY MOJZAGREINFO

Effarée de ce qu’elle constate sur le terrain, un médecin de PMI en Ile de France a décidé de poster sur Youtube une vidéo dans laquelle elle alerte sur la sur exposition massive des très jeunes enfants aux écrans. Elle en est convaincue, cette consommation excessive induit chez les 3-4 ans des troubles très semblables aux troubles du spectre autistique. Nous l’avons interviewée.

Le monologue face caméra dure 21 minutes et il est stupéfiant. Anne-Lise Ducanda, médecin de PMI en Ile de France a mis en ligne la semaine dernière sur Youtube, avec une de ses collègues, le docteur Isabelle Terrasse, une vidéo édifiante (ci-dessous en fin d’article) dans laquelle elle établit un lien direct entre la surconsommation d’écrans et l’augmentation des troubles du spectre autistique (TSA) chez les enfants de 3-4 ans.

https://www.gynger.fr

L'article complet : https://www.gynger.fr/ecrans-et-autisme-un-medecin-de-pmi-lance-lalerte/

 

 

(ici : comment on noie le poisson ... le temps de vendre un maximum d'écrans ?)

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 21:34

Les recherches récentes dans le domaine des neurosciences montrent que le cerveau humain n'a pas comme on le croit souvent des capacités illimités. En particulier il est totalement faux de dire que l'on n'utilise qu'une faible partie (souvent on avance 90%) de son potentiel.

Il serait plus juste de dire que l'on ne sait pas encore très bien comment le cerveau humain fonctionne et donc quel est le rôle précis de certaines de ses parties.

Par contre ce qu'ont montré les scientifiques de ces domaines, c'est que le cerveau était le siège d'une compétition constante. En effet ils ont constatés que les activités de l'hommes influaient sur la reprogrammation de zones de neurones ainsi que sur leurs connexions (synapses). Ainsi par exemple, l'apprentissage de la lecture s'installe progressivement dans une zone impliquée dans la reconnaissance visuelle (des objets et des visages). L'apprentissage de la lecture occasionne donc une baisse de l'efficacité dans la compétence dont elle a reprogrammée une partie des neurones dédiés.

Si on considère l'ensemble des "reprogrammations" que l'humain provoque par les apprentissages de l'éducation (notamment en rapport avec la perception et manipulation de formes abstraites) on comprendra pourquoi l'humain est beaucoup moins performant dans de nombreux domaines pour lesquels des animaux excellent, dans des compétences que l'on rattache souvent à ce qui serait un "instinct" alors que probablement une grande majorité correspond à des domaines dans lesquels l'homme a pu lui aussi exceller, avant toutes ces activités culturelles apparues récemment.
(Les premiers représentants du genre Homo seraient apparus il y a environ 2,8 millions d'années, l'écriture quant à elle serait apparue il y a à peine 4 mille ans. Ce qui, si on ramène l'existence des Homo à un jour, équivaudrait aux deux dernières minutes.)

Ce préambule permet d'expliquer pourquoi, certains animaux peuvent être supérieurs à l'homme y compris dans le domaine de l'intelligence pure. C'est à dire dans la capacité à inventer des solutions pour des problèmes en rapport avec des situations inédites et comportant un très grand nombre de variables interagissant de manière complexe (non additive). 

Ce qui est le cas de manière différente dans les deux vidéos ci-dessous.

On pourra arguer ici qu'il s'agit d'une simple performance liée à la mémoire. 

Il n'en est rien et cela, tous ceux qui ont travaillé avec des enfants dyslexiques le savent bien. Car ici il ne s'agit pas seulement de se souvenir de ce qui a disparu, mais il faut encore relier cela à un ordre (les deux compétences étant sans relation) et en même temps agir au niveau de la motricité en conformité avec cet ordre.

Pour cette tâche complexe, le singe est plus performant que l'homme et c'est tout à fait naturel. En effet nous avons vu plus haut que, en l'absence d'un apprentissage de la lecture, l'homme serait (et c'est le cas des analphabètes) bien meilleur dans la reconnaissance des formes. Par ailleurs le singe est bien plus naturel dans son corps que l'homme et son geste (que l'on dit instinctif) est très coordonné et précis.

 

Dans la seconde vidéo, il est moins question de virtuosité (domaine dans lequel la machine peut rivaliser avec l'homme et donc avec le singe) mais plus d'intelligence au sens qui a été évoqué plus haut  (capacité à inventer des solutions pour des problèmes en rapport avec des situations inédites et comportant un très grand nombre de variables interagissant de manière complexe (non additive))

Ici encore, le singe a été plus "intelligent" que l'humain.

Un reportage plus complet, récemment passé à la télévision, montre que des adultes ont également été mis en échec face à cette situation. Et si quelques uns sont parvenu à trouver la solution pratiquée par les singes, il leur a fallu beaucoup plus de temps.

On peut d'ailleurs se demander s'ils auraient trouvé si on ne leur avait pas dit qu'ils avaient le droit d'utiliser toutes les ressources de la pièce, comme on leur a précisé à chaque fois. Consigne dont n'ont pas bénéficié les singes (sourire)².

Petite cerise sur le gâteau. Un singe mis dans la situation, sans qu'il puisse se procurer un quelconque liquide a ... uriné dans l'éprouvette pour faire flotter la cacahuète !
L'art d'utiliser au mieux toutes les ressources disponibles ... n'est-ce pas le propre même de l'intelligence ?

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S'il faut chercher une raison de la moindre performance humaine dans cette situation, on peut la trouver du côté d'une moindre compétence à inclure tous les éléments de la situation dans un problème. 

L'école elle même prépare peu à ce genre d'intelligence (alors même que c'est à ce niveau d'intégration qu'elle est utile dans la vie de tous les jours) On pourrait même penser qu'elle contribue à cette inefficience du fait même de la manière dont on y découpe constamment les composantes d'une situation, qu'on y apprend surtout des méthodes.
Autre explication possible : ce genre d'expérience ressemble à un test, et à l'école un test est  très souvent générateur de stress (existance de la note), voire de blocage et souvent de baisse dans le niveau de performance qui aurait pu être celui d'une situation neutre sans connotation d'évaluation.

On voit donc, grâce à ces deux situations, à quel point certaines qualités, utiles dans un monde non totalement fonctionnalisé (Dans un tel monde les réponses seraient entièrement préprogrammées  - voire carénées - et ne pourraient plus être accessibles de façon fine) doivent être préservées et même développées dans le cadre de l'école.

Plus encore, il est indispensable de ne pas engager trop tôt l'enfant dans des apprentissages fermés, à but techniques, qui coloniseraient de façon importantes des zones du cerveau utiles pour des compétences plus générales.

Récemment suivant le fil twitter d'une conférence en rapport avec les nouvelles technologies et l'éducation, j'évoquais à deux personnes qui y assistaient cette possibilité de perte d'une compétence par l'enseignement d'une compétence concurrente ainsi que la nécessité d'un questionnement de l'enseignant rencontrant ce que l'on nomme "résistance à l'apprentissage"

(extrait ) "ce qui est perçu comme résistance à un apprentissage doit questionner sur la nécessité de cet apprentissage pour la personne concernée"

J'ai reçu en retour de l'une d'elle un message de doute, et de l'autre un retour frisant l'agressivité (j'étais un rétrograde inconscient de tout ce qu'il fallait absolument faire pour que l'enfant devienne un être social).

Il semblerait que cette compétition neuronale des apprentissages ne soit pas vraiment intégrée par les enseignants.
Peut-être même que cette possibilité est un peu irritante pour qui pense que SA matière est capitale et n'imagine pas qu'un de SES apprentissage puisse nuire y compris (surtout !) lorsqu'il aboutit parfaitement au résultat visé.

Un numéro spécial récent de Science et Vie fait le point sur les dernières avancées des neurosciences en rapport avec le  "Réussir à l'école". Dans cette publication est évoquée l'utilité pour les professeurs de l'éducation nationale d'intégrer un certain nombre de connaissances nouvelles sur le cerveau humain.

L'un de ces intérêts serait de ne pas insister trop sur certains apprentissages non fondamentaux et d'éviter, avant les classes de lycée, que trop de ces apprentissages aillent jusqu'à l'expertise afin d'éviter de mettre en place des modèles de réponses (ou des concepts) susceptibles d'enfermer l'intelligence dans une trop grande abstraction.

C'est la grande souplesse du cerveau de l'homme qui lui donne son avantage - hors quelques situations particulières - sur les autres animaux dont la croissance est bien plus rapide et donc plus limité. Il serait dommage de refaire l'évolution à l'envers en colonisant le cerveau des enfants par des compétences étroites et de bas niveau voire même en réduisant la diversité de ces compétences du fait de privilégier un registre particulier (le code, le numérique précis sans continuités autres que déductives par opposition au monde de l'analogique, flou et proposant des chemins de sens par le biais de l'induction )

Une des grandes qualités de notre civilisation est sa capacité à accélérer les processus, notamment de fabrication et de déplacement. 
On voir avec du recul que cette qualité a aussi son revers. En permettant la production rapide, elle rapproche la conception de la fabrication et supprime en grande partie le temps de l'adaptation.La technique permet de supprimer les contraintes, notamment du contexte.
Les anciennes villes étaient cohérentes - belles ? - parce qu'elles s'étaient construites dans la durée. La plupart des nôtres sont des juxtapositions au mieux de performances d'architectes, au pire d'objets d'habitation plus ou moins fonctionnels s'ignorant les uns les autres par zones).

Cela a fait dire à certains à propos de l'urbanisation que :
"Il se pourrait bien qu'un certain nombre d'architectes d'aujourd'hui soit dénoncés un jour comme véritables criminels contre l'humanité" (Thomas Bernhard) *

Ce reproche pourrait bien être fait aux éducateurs qui, bénéficiant eux aussi de moyens pour rendre plus efficace l'atteinte de leurs buts, en viendraient à modeler l'humain à la manière dont Le Corbusier souhaitait le faire pour notre habitat. Il n'est pas certain par exemple que l'apprentissage massif du code (par le biais d'une programmation par bloc ) dès l'école primaire, ne colonise des zones du cerveau dont nous ne verront l'emploi que lorsque la compétence qui y résidait ... aura disparu.

Apprenons leur plutôt l'art de pécher 

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Cité par Denis Grozdanovitch dans "Le génie de la bêtise"

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 11:11

"Je pense que tout homme est un animal raisonnable capable par conséquent de saisir des rapports."

Et c'est précisément pour cette raison que la notion de rapport, de proportion, de proportionnalité et les opérations qui y sont liées et notamment la division, sont des objectifs pédagogiques qui doivent être visés, approfondis, enrichis, tout au long de la scolarité (y compris au Lycée).
Penser qu'il suffit d'exhiber une division, d'en "expliquer" le principe et de procurer quelques situations où l'on prétendra avoir "donné du sens" est un non-sens.

Malheureusement ce non-sens est actuellement le sens unique de circulation et l'apauvrissement des expressions* est cause de la plupart des errances de la jeunesse au moment des études (qui devraient être) supérieures.

* les capacités demeurent, mais enfouies profondément dans l'être, il faut des (auto)fouilles archéologiques (que l'on nomme parfois "remédiation") pour les mettre à jour et redonner à la personne le pouvoir et l'envie d'en user.

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(Joseph Jacotot a été redécouvert par Jacques Rancière "Le maître ignorant". On peut lire ses textes ici, grâce au travail de Viviane Lamarlère)
 

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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 17:46

Ma dernière inspection s'est terminée sur ma déclaration à la personne qui venait d'expertiser ma séance : "Nous n'avons pas la même conception de l'enseignement"

Je venais de lui dire sous différentes manières pendant l'heure d'entretien que je ne concevais pas l'apprentissage d'une notion sans une information préalable, ni cette information sans une sensibilisation large préalable
...
quant à la systématisation des acquis je la voyais réservée à des notions "utiles pour elles-mêmes" et excluant tout ce qui dans le cursus de l'élève n'est "qu'un échafaudage dressé pour construire et peindre la maison".

Alors, forcément, Joël de Rosnay ne pouvait que m'apporter du baume au coeur. Lui qui considère que l'on enfonce le clou trop vite et trop fort en spécialiste du clou, alors qu'il faudrait pendant une grande partie du temps scolaire de l'élève (jusqu'à mi-lycée) enseigner les fondamentaux avec de larges bases pluri-disciplinaire.

 

---------------------------Son interview---------------------------------

Cette année encore la France ne brille pas dans le classement Pisa de l’OCDE. Joël de Rosnay, le célèbre prospectiviste, explique pourquoi le système éducatif français peine à s’améliorer. Et comment le transformer pour aborder le monde de demain.

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L'Usine Nouvelle.- N’êtes-vous pas inquiet que, classement après classement, notre système éducatif semble se détériorer ?


Joël de Rosnay.- L’une des raisons réside dans la tradition de notre enseignement que je qualifierais de cartésien et d’auguste comtien. Pour Descartes, la complexité ne se comprend qu’en la découpant en éléments analytiques simples. Toute notre formation est donc fondée sur l’analyse. Ensuite, je tiens à rappeler la classification des disciplines élaborées par Auguste Comte. Il place en haut les mathématiques, la physique et les sciences dures, et plus bas les sciences molles, la sociologie, les sciences humaines, les sciences sociales. Du fait de cette classification, on ne fait pas la liaison entre les sciences molles et les sciences dures et on a tendance à ne pas contextualiser ce que l’on apprend. Notre éducation n’est pas faite de contextualisation, elle est faite de mémoire d’éléments qui doivent se répéter pour pouvoir être utilisés dans le cadre d’examens. Plutôt que d’essayer de donner aux gens le sens de la vie en leur donnant des outils pour apprendre à apprendre, on leur remplit la mémoire d’une quantité d’éléments analytiques séparés les uns des autres que l’on a beaucoup de mal à reconstruire dans sa vie.
 

Vous pensez que le monde de l’éducation devrait adopter une approche plus systémique ?


C’est ce que nous disons depuis trente ou quarante ans avec le groupe des Dix, dont Edgar Morin et moi et beaucoup d’autres faisons partie. Nous avons été écouté, je pense, un peu. Par des professeurs d’abord, qui ont évolué dans ce sens. Par des organismes publics, par des inspecteurs d’académie qui s’intéressent de plus en plus à l’approche pluridisciplinaire – transdisciplinaire même, comme dirait Edgar Morin -, de manière à relier les choses entre elles telles qu’elles le sont dans le monde. Le monde n’est pas disciplinaire, il n’y a pas la chimie d’un côté, la physique ou la géologie de l’autre. Le monde est fait d’un tout. L’approche pluridisciplinaire commence à émerger dans l’éducation. Mais c’est très lent parce que cela remet en cause des jeux de pouvoir. Le fait d’être le spécialiste dans une discipline donne du pouvoir. Alors que l’approche systémique n’est pas porteuse de pouvoir

Vous avez beaucoup séjourné et enseigné aux Etats-Unis. A quoi attribuez-vous le foisonnement culturel qui a donné naissance à leur écosystème numérique ?


J’attribue cela au pragmatisme anglo-saxon et à leur volonté de toujours expérimenter. Nous avons en France une vision très dogmatique et pyramidale issue de la religion et de la royauté. C’est le roi, l’empereur, le pape, le prêtre, le professeur, qui voient d’en haut ce que l’on devrait apprendre et ce que l’on devrait faire. Dans les pays anglo-saxons, leur pragmatisme fait qu’on laisse davantage aux gens la possibilité d’expérimenter, d’essayer pour voir si on comprend. Mais aussi d’enseigner aux autres, et c’est ce que j’appelle la coéducation. Elle est très pratiquée dans les universités où j’ai enseigné. Le professeur enseigne, mais il crée les conditions pour que les élèves s’apprennent entre eux.
 

Il faut d’abord former les formateurs, alors…


Oui, il faut renverser l’éducation, il faut former les formateurs par des jeunes. Des gens de 15 ans qui forment des gens de 25-30 ans, et des gens de 25-30 ans qui forment des gens de 50 ans. C’est l’éducation à l’envers. Je prône plutôt que l’éducation analytique traditionnelle, la coéducation transgénérationnelle. Cela signifie en partie que les plus jeunes doivent enseigner aux plus âgés. Mais aussi que les plus âgés doivent aider les plus jeunes, qui sont boulimiques d’information et qui en reçoivent trop, à la contextualiser sous un angle économique, politique, culturel, géopolitique voire spirituel.
 

Des entreprises essaient-elles de mettre en place de tels systèmes de formation ?


Nous le faisons à Universciences [qui gère la Cité des sciences et de l’industrie et le Palais de la découverte à Paris, ndlr]. Nous avons mis en place le Carrefour numérique et le Learning center. On met en place une forme d’enseignement où les plus anciens aident les plus jeunes à contextualiser l’information qu’ils reçoivent, et les plus jeunes enseignent aux plus anciens les technologies nouvelles, du numérique notamment.

Propos recueillis par Arnaud Dumas et Pascal Gateaud

 

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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 20:36

 

Une interview de EPOCH TIME
sur un sujet qui est en train de modifier jusqu'à l'enseignement des mathématiques, bousculé par l'apparente urgence d'apprendre l'algorithmique dès le plus jeune âge (une seconde langue maternelle ? ... à terme la première ???)

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Dans notre société, de plus en plus d’enjeux pèsent sur les algorithmes. Si une minorité de personne est capable de saisir le sens et l’articulation de certaines de ces formules mathématiciennes, tout le monde les utilise. Certains chercheurs promettent même de transformer notre quotidien grâce à eux. Réflexion sur ces formules et sur ceux qui les créent avec Cedric Villani, professeur à l’Université de Lyon, directeur de l’Institut Poincaré et Medaille Fields 2010.

De plus en plus de secteurs dépendent des algorithmes. Faut-il s’attendre à ce que ces formules pèsent de plus en plus dans notre société moderne ?

En soi, le principe n’est pas nouveau en soi. Cela fait cinquante ans que nous confions ce genre de problèmes à l’algorithmique. Ce qui est différent maintenant, c’est l’ampleur d’une part des possibilités et du nombre de secteurs auxquels on l’applique, ainsi que les attentes que l’on y place. Les entreprises se posent sans arrêt ce genre de questions : les distributeurs d’accès téléphoniques se demandent comment distribuer au mieux les ressources entre différents initiateurs, où placer les antennes relais, comment faire la distribution d’eau et ainsi de suite et à chaque fois, ce sont des algorithmes d’optimisation qui reposent sur un paquet de variables.

La tarification des trains, des billets d’avions, des choses comme cela sont des problèmes algorithmiques à résoudre qui peuvent faire intervenir des centaines de milliers de variables. Ce qui est nouveau, c’est la variété des situations auxquelles on l’applique. Avec l’avènement de gigantesques masses de données, nous sommes poussés à faire beaucoup plus confiance qu’avant aux raisons statistiques. On ne cherche pas la réponse sûre : beaucoup de machinese-learning, comme on dit, font intervenir des méthodes basées sur la comparaison de gigantesques bases de données pour trouver des solutions probables, puis on met dedans des attentes considérables.

Le secteur qui a basculé de façon spectaculaire et un peu avant les autres dans ce genre avec tout et n’importe quoi, certainement, c’est la finance. La finance algorithmique qui commence dans les années 80 et qui se développe dans les années 90-2000 est arrivée à un degré de complexité et de sophistication telle que personne ne contrôle ce qui se passe.

N’évite t-on pas parfois la question de la responsabilité ? Par exemple, Facebook explique vouloir utiliser les algorithmes pour apporter une meilleure expérience aux utilisateurs, en même temps, la firme américaine les utilise pour plaire à la censure chinoise…

Le bon mathématicien est celui qui programme des algorithmes efficaces. Certains ingénieurs sont de très bons expérimentateurs, des explorateurs, mais leur rôle n’est pas moral. Il font ce qu’ils ont en tête, et cela va être à coup sûr un mix entre la volonté, la curiosité, la volonté de créer quelque chose de ce qui est scientifiquement intéressant, et la volonté de trouver des usages qui amélioreront l’expérience des clients, c’est le business model des entreprises. D’autres se chargeront de son utilisation. Ce ne sont pas les algorithmes qui sont bons ou mauvais au sens moral, c’est l’usage que l’on en fait.

Les compagnies  américaines se basent de plus en plus sur les algorithmes pour caractériser un individu. Qu’en pensez-vous  ?

C’est une tendance en marche depuis un certain nombre d’années déjà, et qui progresse. C’est la marche du monde, cela concerne toutes les entreprises. Les gouvernements utilisent les algorithmes pour détecter les fraudes dans leurs impôts, les assurances s’en servent pour évaluer leurs performances. C’est ce qui est à l’œuvre, les Américains sont les premiers à le faire et ils ont gardé une avance nette sur le reste du monde et cela se répand partout. 

L’ingénieur français Paul Duan dit que le chômage pourrait être résolu grâce à un algorithme. L’algorithme peut-il apporter une solution à ce genre de cas  ?

Sur le principe de l’idée de Duan, il y a un problème d’adéquation entre les demandeurs d’emplois et les emplois eux-mêmes. L’algorithme permet de faire de l’acceptation automatique de façon efficace.

Par exemple l’an dernier, il y a eu toute une séquence compliquée autour de l’algorithme post-bac. Il s’agit de trouver des appareillements automatiques en fonction des compétences, des mérites et des souhaits – classes préparatoires ou universités. La masse de données est telle que le service humain perdrait un temps considérable à gérer cela. Visiblement, l’algorithme en cours n’est pas parfait, le JO n’a pas voulu communiquer dessus, c’est unpataquès.

D’après le classement Pisa, les élèves Français sont les plus mauvais matheux d’Europe. Comment l’expliquer ?

On ne peut pas dire ça comme cela, car c’est très réducteur. En France, la moyenne est très mauvaise et effectivement, cela cache de très fortes disparités. Celles-ci sont parmi les plus fortes de l’OCDE. Donc, dit de façon crue, vous avez du très bon et du très mauvais. De plus, et ce particulièrement en France, il y a sans doute un malaise d’ensemble dans l’Éducation nationale. Beaucoup d’enseignants sont démotivés, ne sont pas assez formés.

Aux États-Unis aussi, les élèves peinent en maths. Les éducateurs s’interrogent sur la santé des universités publiques…

L’université publique est en très mauvaise santé aux États-Unis, il n’y a pas de doute là dessus. Cela s’inscrit dans un contexte d’ensemble du service public. En Californie, cela est très net à ce niveau. C’est une tendance générale de l’Amérique qui a du mal en général à construire un service public, et donc une éducation de qualité. On le voit dans l’Obamacare, mais c’est pareil dans d’autres domaines.

J’ai vécu plusieurs années en Californie, je dois dire que cela a été une étape très importante de ma carrière. Il y a trente ans, c’était Berkeley la grande université californienne, maintenant c’est Standford. L’université publique a baissé et l’université privée a grimpé.

Est-ce un paradoxe, dans le pays abritant le plus grand nombre de médaille Fields ?

Non, ce n’est pas un paradoxe car d’une part les résultats moyens laissent la possibilité aux gens exceptionnels de bien se débrouiller, et ce sont eux qui remportent la médaille Fields. Des Américains comme Nash, Curton, sont tellement au-dessus de tout que quelque soit le système qui les abritent, ils se débrouilleront bien. Pour le reste, le système scientifique américain, sans importation et immigration, s’écroulerait. Il en va de la pérennisation scientifique de l’Amérique.

Y a t-il une différence de culture entre les milieux scientifiques américains et français ?

Extrêmement différente. Il faut savoir que la France est un pays qui a 400 ans de traditions mathématiques, tandis que l’Amérique n’arrive dans cette discipline qu’au milieu du XXe siècle. Aux US, c’est une discipline jeune dans laquelle une grosse partie des recrutements se fait par importation, et avec des moyens phénoménaux. Les grandes universités américaines, dans l’ensemble des disciplines scientifiques, sont le point de rencontre du monde entier, cela confère une force et une capacité d’action.

Les États-Unis ont une très longue tradition d’accueil et une culture propre. Les sommes d’argent qui circulent là-bas sont sans comparaison avec ce que l’on voit passer dans les universités françaises. Les notions de campus et de mécénat se posent de façon bien plus importantes.

Cependant, on retrouve chez l’un et chez l’autre l’inspiration vers les grands idéaux : quand on évoque la Révolution française ou la construction des États-Unis, ils ont des points communs, et cela rend les deux pays très proches. Cela se retrouve un peu en mathématiques. La grande force de l’enseignement américain n’est pas tant la transmission de compétences, mais la transmission de confiance. C’est important. Tout le système s’emploie à cela et les enseignants américains savent donner confiance à leurs élèves.

 

Source : http://www.epochtimes.fr/cedric-villani-premiere-histoire-enjeux-majeurs-se-jouent-questions-mathematiques-23528.html

 

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