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17 juin 2018 7 17 /06 /juin /2018 14:13

 

Internet, SMS, réseaux sociaux : la concentration est devenue, comme l’eau, un bien rare. Professeur de littérature, Yves Citton considère qu’il est nécessaire d’envisager une «écologie attentionnelle».

Source : "Libération : http://www.liberation.fr/societe/2014/09/26/le-capitalisme-entraine-une-crise-de-l-attention_1109327

En cette époque de surcharge informationnelle et de distraction généralisée, l’attention est devenue un bien rare, le «temps de cerveau disponible» que cherche à capturer le capitalisme consumériste. En dédiant non pas un mais deux livres à l’épuisement de nos ressources attentionnelles, Yves Citton est conscient de la contradiction. «Il aurait fallu écrire un tweet […] mais pas un livre», plaisante le professeur de littérature à l’université de Grenoble et codirecteur de la revue Multitudes qui plaide pour une «écologie de l’attention».

Le développement des technologies numériques a vu émerger une nouvelle économie basée sur l’attention. De quoi s’agit-il ?

La prétendue «nouvelle» économie, dont la rareté principale serait l’attention, ne remplace pas «l’ancienne», dont la rareté concerne les facteurs de production (matière première, énergie, etc.). Mais les biens matériels restent notre problème au long cours, et les siècles ultérieurs regarderont, peut-être, comme une inconscience écologique très symptomatique le fait que certains analystes du début du XXIe siècle aient pu croire que l’attention supplanterait la production des biens matériels comme valeur économique dominante…

En revanche, il est certain que la valeur de l’attention au sein des circuits économiques augmente. Mais il est aussi vrai qu’on a toujours manqué de temps. A la Renaissance ou au XVIIIe siècle déjà, avec l’apparition des imprimés, puis des périodiques, beaucoup d’auteurs témoignent du sentiment d’être submergé. Le développement d’Internet a clairement intensifié ce sentiment, accéléré la circulation. En quelques années, il a révolutionné et fait exploser notre accès aux biens culturels. Ce sont désormais des millions de textes, de musiques, de vidéos potentiellement intéressantes que nous pouvons consulter à presque chaque instant. Le «coût d’opportunité» d’en consulter une plutôt que les millions d’autres s’est accru de façon exponentielle. D’où, sans doute, l’affolement actuel sur les questions d’attention.

Quand l’attention devient-elle une question socio-économique centrale ?

L’expression «économie de l’attention» a décollé vers 1995, donc avec l’émergence d’Internet. Mais, en fait, comme le montre bien Jonathan Crary (1), les problèmes d’attention commencent, au moins, dès 1880, avec trois phénomènes corrélés. L’industrialisation impose de reconditionner l’attention des ouvriers qui travaillent à la chaîne et répètent les mêmes actions monotones : comment les garder concentrés ? Avec la production massive de marchandises, il faut aussi trouver des acheteurs : comment donner envie aux consommateurs d’acheter les nouveaux produits ? C’est alors que naît véritablement la réclame. Le troisième phénomène est le développement des médias de masse (cinéma, puis radio, télévision). Ils donnent à voir et à entendre des choses qui ne sont pas dans notre environnement immédiat. Cette multiplication d’images et de sons qui réclament notre attention tend à nous «distraire». Les exigences de la production à la chaîne exigent, au contraire, que nous soyons «concentrés» sur le travail en cours. D’où le paradoxe, ou plutôt la dynamique, qu’étudie très bien Crary : ce même capitalisme qui prône simultanément une implacable discipline productive et un hédonisme consumériste entraîne une crise permanente de l’attention.

Ces sollicitations constantes sont-elles liées au développement de nouvelles pathologies ?

Les troubles déficitaires de l’attention et de l’hyperactivité (TDAH), dont on se lamente de voir les jeunes générations être de plus en plus largement affectées, ne sont souvent que le symptôme de ces multiples exigences contradictoires auxquelles nous soumettent nos structures de vie contemporaines. Le problème, c’est qu’on traite les TDAH comme un problème individuel : c’est cet enfant qui ne parvient pas à se concentrer qu’on traite avec des médicaments. Ou alors comme un problème familial : ce sont ces parents qui ne lui accordent pas assez d’attention et l’abandonnent aux influences pernicieuses des écrans. Il y a des facteurs biochimiques et familiaux, mais il est indispensable de resituer tout cela dans un cadre beaucoup plus large, collectif, socio-économique, anthropologique : notre principale pathologie, c’est le capitalisme lui-même, bien davantage qu’une déficience de tel ou tel neurotransmetteur !

Google semble résumer ce capitalisme, avec sa capture de l’attention, son exploitation et sa valorisation…

A travers PageRank, Google fonctionne à la fois comme le plus inquiétant appareil d’exploitation de notre attention individuelle et comme un instrument nous donnant un accès infiniment précieux à la puissance de notre intelligence collective. C’est cette ambivalence qu’il faut souligner dans tout ce qui concerne les questions d’attention. Toute condamnation, ou toute admiration béate, est vouée à rater la moitié de la réalité. En pratiquant le multi-tasking, les jeunes gens sont sans doute souvent exposés à de multiples formes d’exploitations commerciales, comme nous tous. Mais ils développent aussi des régimes attentionnels dont nous avons tous à apprendre, plutôt qu’à les condamner. Des chercheurs comme Katherine Hayles ou Cathy Davidson nous invitent non seulement à défendre nos capacités d’attention profonde, mais aussi à identifier la valeur propre d’une «hyper-attention» qu’il est trompeur de réduire à de la simple «distraction». Le véritable défi est d’apprendre à cultiver à la fois nos capacités d’hyperfocalisation et nos capacités d’attention flottante.

Plutôt qu’une approche «économique» de l’attention, vous nous invitez à aborder le problème sous l’angle d’une «écologie»…

L’enjeu de l’essai qui paraît au Seuil est de souligner la nécessité de dépasser le paradigme économique. Cela implique au moins trois déplacements. Premièrement, on a tendance à concevoir l’attention comme une relation entre un sujet (le lecteur, le spectateur) et un objet (un livre, un journal, un film, un téléphone, un écran). Or, il faut concevoir l’attention en termes d’écosystème dans lequel nous baignons avant d’y identifier tel ou tel objet. Il faut comprendre nos évolutions attentionnelles dans le cadre plus large de l’intensification des tensions que créent autour de nous, et en nous, nos modes d’interaction, toujours plus étroits et complexes. Bruno Latour parle d’«attachements» pour décrire tout ce qui nous fait tenir les uns aux autres. L’évolution de notre attention est conditionnée par ces milliers de fils élastiques invisibles qui nous tiennent liés les uns aux autres - et faire l’écologie de l’attention, c’est observer les implications de ces tensions.

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(suite sur le site du journal à l'adresse indiquée)

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 22:38

 

Un article très complet qui évoque la baisse constante de l'attention chez l'homme et notamment chez l'enfant. 

" notre capacité attentionnelle serait désormais plus courte que celle d’un poisson rouge. "

L'article pointe les symptômes, les dégâts causés, les causes (multitâche, nouveaux outils qui sur-stimulent le cerveau, écrans ...) et aussi les moyens de limiter ces dégâts, voire de retrouver une attention soutenue.

A noter, l'évocation de temps de latences nécessaires, de bulles de temps protégés de la suractivité 
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des pistes pour l'enseignant, dont sont évoqués les difficultés à surmonter dans sa pratique quotidienne.

" «De nombreux professeurs ont l’impression qu’ils doivent faire des séquences plus courtes, qu’ils «perdent» plus rapidement les élèves», confirme Jean-Philippe Lachaux, qui a publié un livre destiné aux enfants en novembre 2016, <<Les petites bulles de l’attention, se concentrer dans un monde de distractions >> (Odile Jacob), à la suite de la demande de parents et d’enseignants. "

 

L'article complet (Suisse) ici : 

http://www.hebdo.ch/hebdo/cadrages/detail/comment-retrouver-son-attention

 

------ extraits -----------

Sylvie Logean

Dossier. Nos capacités attentionnelles sont à la baisse. La faute à un environnement surstimulant qui nous pousse à zapper en permanence. Il y a toutefois des moyens de retrouver cette faculté précieuse.

Notre attention vaut de l’or. Littéralement. Jamais elle n’aura été aussi convoitée, sollicitée. Dans un monde bombardé d’informations de toutes sortes, tout est fait pour la capturer le plus longtemps et le plus fréquemment possible. Alors que les canaux de diffusion de l’information se multiplient à la vitesse grand V, une lutte acharnée se mène en parallèle pour sortir de la masse, être acheté, être lu, être vu. Tout simplement pour exister.

L’attention est donc une ressource précieuse. Malheureusement, celle-ci nous est de plus en plus volée, dérobée en douce. Pourquoi ? Parce que nous nous sommes progressivement habitués à la culture de l’instantané, à la recherche constante de nouveauté.

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Ce constat inquiétant a fait dire à Satya Nadella, directeur général de Microsoft, que «la vraie denrée rare dans un futur proche sera l’attention humaine».

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La durée moyenne de notre attention serait tombée à huit secondes, alors que celle-ci était estimée à douze secondes en 2000.

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Lire aussi: Rüdiger Gamm: «Quand je calcule, je rentre dans une sorte de méditation

... l’attention a ses limites intrinsèques et c’est pour cela qu’il est si difficile de se concentrer. Naturellement, notre attention va être attirée par ce qui est nouveau, sonore, brillant, ce que les autres regardent...

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on l’a compris, l’abondance de stimulations visuelles et sonores ainsi que la multiplication des médias et l’accélération générale du rythme de vie dans nos sociétés actuelles rendent particulièrement difficile une concentration stable.

«Les nouveaux outils informatiques sont certes très utiles, mais ils sollicitent aussi beaucoup trop nos capacités attentionnelles, appuie Michel Bader, psychiatre spécialiste des troubles de l’attention à Lausanne. En parallèle, le fait d’être confronté à autant de données génère de l’angoisse et transforme aussi notre façon de traiter l’information. On ne sait plus ce qui est important, et on accorde trop d’attention à des informations peu pertinentes, ce qui entrave le sens critique et l’approfondissement de sujets complexes.»


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Enfants en première ligne

Cet effritement des capacités d’attention se retrouve aussi malheureusement chez les plus jeunes. «De nombreux professeurs ont l’impression qu’ils doivent faire des séquences plus courtes, qu’ils «perdent» plus rapidement les élèves», confirme Jean-Philippe Lachaux, qui a publié un livre destiné aux enfants en novembre 2016, Les petites bulles de l’attention, se concentrer dans un monde de distractions (Odile Jacob), à la suite de la demande de parents et d’enseignants.

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«il existe un lien fort de causalité entre l’augmentation de temps d’exposition aux écrans et les troubles de l’attention ainsi que la baisse des résultats scolaires chez les enfants et les adolescents. Et cette influence négative s’observe dès trente minutes par jour.»

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une heure quotidienne d’exposition à des dessins animés majorait de près de 75% la probabilité de voir surgir un trouble de l’attention dans les cinq ans. De même, une recherche menée en Nouvelle-Zélande sur plus de 1000 écoliers âgés de 5 à 11 ans a conclu que chaque heure passée devant un écran augmenterait d’environ 50% la probabilité de troubles de l’attention à l’âge de 13 ans.

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L’attention exogène, dite aussi attention exécutive, est celle que l’on accorde à un stimulus extérieur sans y penser, de manière réflexe et en dehors de tout effort conscient. Alors que l’attention endogène, dite aussi attention sélective, est un processus cognitif par lequel le cerveau filtre les informations qu’il perçoit en prêtant une attention particulière  à un élément pertinent de l’environnement, ou en écartant certains stimuli.

«Les jeux vidéo ou les formats audiovisuels rapides ont pour conséquence d’hypertrophier le système exogène au détriment de l’attention endogène, celle-là même qui est requise pour les apprentissages scolaires, s’inquiète Michel Desmurget. En étant soumis à un flux continu de stimuli visuels accrocheurs, le cerveau prend l’habitude de compter sur les sollicitations externes pour maintenir son intérêt et relancer sa vigilance. Il devient ainsi incapable de maintenir son attention par lui-même.»

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Devant un jeu vidéo ou la télé, un enfant paraîtra souvent extrêmement concentré, voire hyperfocalisé. Et pour cause: ces activités possèdent tous les attributs en mesure de stimuler ce que les scientifiques appellent le circuit de la récompense. «Ce dernier a pour but de favoriser tous les comportements qui créent du plaisir et de l’excitation

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On imagine dès lors aisément comment ce phénomène peut avoir un impact sur la scolarité: «Malgré tous ses efforts, un professeur aura beaucoup de peine à concevoir un cours capable de rivaliser avec un contenu savamment imaginé par toute une équipe de designers et d’informaticiens pour capter notre attention le plus longtemps possible, ajoute Jean-Phillipe Lachaux. En comparaison, la leçon sera forcément plus monotone et perçue comme une punition par le circuit de récompense.»

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Il est aussi important de leur enseigner à être à l’aise dans toutes les situations, y compris dans un environnement plus neutre, moins stimulant, afin qu’ils ne se retrouvent pas en situation de quasi-handicap dans ce genre de contexte.»

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Pour contrer cette tendance à la dispersion, Jean-Philippe Lachaux propose par exemple de «buller», à savoir de se ménager des petits moments pendant lesquels on met de côté tous ses objectifs, sauf un (lire encadré ci-contre).  «En se focalisant sur un objectif simple et unique, le cortex préfrontal, centre de l’attention sélective, bénéficie d’une activité neuronale forte et soutenue, qui se maintient d’autant plus facilement que la bulle est courte.

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«Multitasking»: un enfer pour le cerveau

Une étude conduite en 2015 a révélé que 50% des adolescents utiliseraient parfois, voire souvent, les médias sociaux pendant qu’ils font leurs devoirs. Sans compter tous ceux qui n’envisagent même plus de faire leurs exercices de maths ou de français sans avoir au minimum la télévision allumée...

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plusieurs études réalisées sur cette question ont démontré que le multitasking augmentait le niveau de stress tout en aboutissant à de moins bons résultats. La raison en est simple: à moins de faire des actions très automatisées, notre cerveau est incapable de réaliser deux tâches conceptuelles de manière simultanée. 

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 «Si l’on se sent trop dispersé, il est important de prendre le temps de s’arrêter un moment afin de dresser une liste de priorités,

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Il est aussi fondamental de s’accorder du temps pour le repos si l’on sent que nos capacités d’attention sont réduites

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vingt-trois minutes seraient nécessaires pour retourner à  sa tâche après avoir été interrompu. On essaierait ensuite de compenser le temps perdu en travaillant plus vite, mais en générant de facto du stress, de moins bonnes performances et un sentiment de frustration. 

Pathologies de l’attention

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L’attention divisée est la capacité à traiter simultanément deux ou plusieurs catégories d’informations pertinentes. Elle est notamment particulièrement utilisée dans la lecture pour simultanément déchiffrer et comprendre le texte que l’on a sous les yeux, mais elle est aussi sollicitée dans les interactions sociales, en nous permettant de parler tout en observant la réaction que cela provoque chez notre interlocuteur et d’adapter le message en conséquence.

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Les pistes pour mieux se concentrer

Plusieurs stratégies peuvent aider à renforcer ses capacités attentionnelles, en voici quelques-unes:

- Soyez conscient d’évoluer dans un environnement rempli de «voleurs» d’attention auxquels le cerveau répond de manière automatique. Ces automatismes peuvent être freinés mais demandent une certaine vigilance.

- Evitez de faire plusieurs choses en même temps. A moins que l’une des deux activités soit totalement automatisée et qu’elle puisse être menée sans que l’on y fasse attention, le cerveau est incapable de mener deux tâches de front sans que résulte une baisse de la performance et des apprentissages moins bons.

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pensez à faire une pause, ne serait-ce que trente secondes, le temps de centrer votre attention sur quelques mouvements respiratoires.

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- Chaque projet complexe peut se décomposer en tâches plus simples successives. De même, on peut apprendre à créer des moments, des sortes de bulles, où l’on met entre parenthèses tous ses objectifs sauf un. Chaque bulle a un objectif simple et une durée limitée.
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